Le cinéma itinérant Enregistrement Yourte à Molay Repas Mongol à Molay HOS AYAS !!! TOUT LE MONDE AIDE AU MONTAGE DE LA YOURTE !!! Présentation de regards d'ailleurs dans la yourte Mais si !! Le carnet de voyage est arrivé Achetez le carnet de voyage avec le film de l'Armada

Matthieu Mounier, le réalisateur

"Je m'intéresse bien davantage a ceux qui vivent dans un paysage qu'au paysage même. Je puis contempler une montagne pendant un quart d'heure, mais aussitôt après, je cours parler au berger ou au bûcheron de cette montagne."
Frederico Garcia Lorca
          
Les Mongols. Peuple insondable qui le restera même si nous occidentaux, portons un intérêt à l’altérité du monde. Ce que l’on va mirer ailleurs n’en reste que superficiel : depuis des siècles, nous nous expatrions en colonisateurs, ethnologues, ou simples touristes d’hier et d’aujourd’hui, encore pour nous enrichir des terres et des hommes. L’étrangeté qui peut se dégager de l’inconnu nourri à son insu le voyageur. Le monde permet aujourd’hui la réalisation des caprices issus de quelques curiosités oniriques engagées lors d’expéditions mentales sur la surface d’une carte du monde, d’une mappemonde, d’un livre ou plus bêtement grâce aux images audiovisuelles. Naître en France m’a permis d’être suffisamment riche pour aller combler mes carences ailleurs. Si la France est riche, ironie du sort pour les pays pauvres, c’est que l’on peut aller les voir sans être vu qu’à travers une si mince lucarne que nous représentons finalement, celui qui possède. Le blanc possède l’argent, et repousse avec celui-ci l’espace vital qui lui est imparti dans ses petites frontières. Nous sommes bel et bien en manque. Nous sommes en manque de quelque chose qui nous amènent sur l’ailleurs. Parce que mon pays m’accorde le droit d’aller voir ailleurs, je m’accorde à le décrire dans sa médiocrité famélique de ne pas pouvoir facilement parvenir à l’au-delà.
En montrant la Mongolie, sous ses traits quotidiens, empreinte d’une simplicité et d’un silence légitime je laisse le mystère là où il n’y en a pas. Le mystère est plus dans un miroir que dans ce film… Mais qu’il est bon d’aller voir ailleurs (si j’y suis) ! Car ce qui est enfoui comme un cœur mort enlisé au fond des habitudes de certains contemporains, est bien la vivante liberté que donne la nature qui vie en Mongolie. Tout le monde n’a pas eu la chance dans son enfance de tomber ailleurs que sur du bitume en jouant. Nous sommes socialement rétifs à  nous aventurer dans une forêt à cause du cochon sauvage ou bien juste à cause de l’ombre noire des bois. Si bien que tout le monde qui s’écoute, vivra et réveillera une partie cachée ou passée de soi en Mongolie, ce pays à ciel et à cœur ouvert ; et peut être aussi, accidentellement dans ce film. A notre insu, la nature qui s’écarte de plus en plus de nos vies irresponsables, se vive par un cri étouffé qui portera toujours le goût d’une nostalgie biologique d’un sourd passé.

Dans la rudesse des lieux, je n’ai pas eu peur de choquer l’autochtone inconnu avec cet outil bien connu de tous qu’est la caméra. Cet outil révélateur partiel d’un infime parfum de réalité fut mon ultime protection provisoire envers le néant en sursis qui m’a projeté dans un monde dont je ne pouvais prévoir aucun geste qui fut connu de mes repères.
En voyage, on est comme un bébé car on ne sait pas encore parler, et pourtant on est un homme, on doit affronter ce qu’un homme vit. En plus le bébé est indiscret à vouloir se mêler de ce qui ne le regarde pas !
Ce que je regardais, avec mes yeux de technicien numérique novice, c’est un regard j’espère fidèle à une simplicité qui me motive même ailleurs que dans ce pays exotique.
Sauf en cas d’ennui, on se foutait bien de moi même avec une caméra. On se moque bien de cette vague image que cette petite lucarne des idées reçues. Car on peut être en Mongolie autant pris pour un touriste de plus, un porte monnaie, un ennemi dont on se méfie mais aussi la plupart du temps, lorsque qu’on le prend, comme un ami, un frère ou un fils. L’indiscrétion qu’une caméra même portée par une équipe d’une personne peut avoir a peu dérangé ma conscience car avec ou sans caméra, je resterai l’étrange étranger. Et puis même entre eux, les Mongols se montrent rudes. Le climat et l’environnement qui fait porter aux gens les coutumes et les traditions, est rude et rend rude. L’énergie est précieuse et vitale, elle est visible partout, dans les mots, dans l’air ou sous terre. Comme les pensées de St Exupéry et Garcia Lorca se rejoignent face à la nature,  c’est que le paysage se montre pathétique lorsqu’il n’est pas habité, lorsqu’il n’y a pas de vie et d’organisation humaine qui compromet notre présence. Ce qui fait de l’air de la campagne est joyeux, c’est qu’il ne soit pas déserté des hommes, des femmes et des enfants ou du moins, pas encore…